et j'ai peut-être su t'adorer sans partage,
mais je n'ai pas le droit d'en faire davantage !
Je sais déjà, vois-tu, que loin de ce grand lit
la vie ne pourra pas toujours être marrante
pour tes dix sept printemps auprès de mes quarante !
Alors je ne vois pas,
je ne vois pas pourquoi
le petit dieu moqueur
a soudain décidé
de vider son carquois
pour nous cribler le coeur
quand on s'est regardé ?
J'ai fondu du soleil de tes grands yeux d'enfant
et j'ai sans doute été un amant pur et tendre,
mais ma raison dès l'aube a su se faire entendre :
oui, quelque chose en moi aujourd'hui me défend
de raconter encore à quelqu'un de ton âge
que le blond et le gris font parfois bon ménage...
Alors je ne vois pas,
je ne vois pas pourquoi
l'imprévisible archer
de l'Amour, tout à coup,
a vidé son carquois
pour nous faire pécher
en tombant sous ses coups ?
J'ai aimé, c'est certain, ce premier rendez-vous,
et j'ai lâché la bride à mes penchants canailles,
mais j'ai eu tort, grand tort, il faut que tu t'en ailles !
Je sais déjà, vois-tu, je sais , je te l'avoues,
que j'aurai un mal fou, et ça me désespère,
à croiser désormais le regard de ton père !
Alors je ne vois pas,
je ne vois pas pourquoi
au mépris des années
Cupidon quelquefois
va vider son carquois
sur deux coeurs condamnés
à n'aimer qu'une fois !